Plus qu'une seule antenne mobile en Suisse par opérateur ! Utopie ou du domaine du possible ?
Le 29 septembre dernier la société Stratxx a procédé à Zoug (Suisse) à l'essai d'un ballon stratosphérique (le X station) dont la vision à terme est que ce type d'équipement (Haps, High Altitude Platform Systems) puisse devenir un élément central de la retransmission sans fil de données (radio, TV, Internet à large bande,...) et de la voix. L'idée sous-jacente de ce projet est d'éliminer les obstacles (bâtiments, montagnes,....) entre les terminaux mobiles et les antennes en plaçant ces dernières au dessus des utilisateurs. Ces obstacles entraînent en effet une multiplication des antennes ainsi qu'une puissance de rayonnement que Stratxx assure pouvoir diminuer de manière significative. Situés à 21 km d'altitude, ces ballons permettraient de couvrir un rayon de 1'000 km de diamètre, largement de quoi couvrir toute la Suisse avec une seule antenne. Pour toute l'Europe 20 seraient ainsi nécessaires et 40 pour toute l'Afrique.
En collaboration avec les EPF de Zurich et de Lausanne, les Universités de Neuchâtel et de York mais aussi avec RUAG et l'EMPA, Kamal Alavi, l'initiateur de ce projet, pense pouvoir adresser un marché immense d'ici 2009, convaincu que cette solution est beaucoup plus économique que les solutions actuelles (CHF 40 millions pour un tel ballon contre CHF 300'000 pour une seule antenne mobile ou CHF 600 millions pour un satellite). Sept tests sont encore prévus d'ici au premier lancement officiel.

Fixée à ces ballons une petite navette contenant tous les instruments techniques nécessaires pourrait revenir de manière autonome sur le sol terrestre en cas d'avaries techniques ou pour des travaux de maintenance. Et comme une solution "stand alone" (c'est à dire avec une seule antenne) serait de toute manière constituée de 2 ballons, aucune interruption de service ne serait à déplorer. La technologie de transmission utilisée serait le WiMAX permettant des portés de près de 30km et autorisant des débits de l'ordre de 20 à 30 Mbt/s. Le WiMAX a également l'avantage de pouvoir cumuler plusieurs services sur une même infrastructure grâce à sa largeur de fréquence importante. Kamal Alavi est certain que de ce type d'appareil se généralisera dès lors que les opérateurs auront pris cette orientation pour le développement de leurs réseaux. Samsung offrant par exemple déjà un tel appareil (le M8000) en Corée du Sud.
Les ballons seront situés en orbite géostationnaire à 21 km d'altitude là où les vents, bien qu'encore forts et pouvant atteindre 144 km/h, sont constitués d'air dont la densité est beaucoup plus faible. De petits moteurs fonctionnant à l'énergie solaire suffiront ainsi à stabiliser le ballon. Les différences de température à cette altitude quant à elles pourraient par contre faire monter ou descendre le ballon en réchauffant ou refroidissant le gaz, mouvements qui devront aussi être corrigés par ces moteurs.
Notons que la ComCom (la Commission Fédérale pour la Communication) a annoncé hier vouloir mettre aux enchères deux nouvelles licences WiMAX en Suisse encore cette année, seule Swisscom Mobile s'étant portée acquéreur d'une telle licence en juin dernier. Les autres entreprises en lice dont Sunrise, pour ne citer que la plus importante, s'étant retirées au dernier moment lors de la première mise aux enchères. Peut-être que la ComCom espère que les essais de Stratxx aient motivé d'autres opérateurs à se porter acquéreur cette fois-ci. Affaire à suivre en tous les cas.
Les éléments critiques pour la réussite de ce projet, au côté de l'aspect économique bien sûr, seront la qualité de transmission des données, la capacité de gérer des largeurs de bande de plus en plus importantes, le niveau d'émission d'ondes au niveau des terminaux et donc des utilisateurs et la sécurité de ces ballons. Il serait en effet fâcheux qu'un de ces ballons nous tombent un jour sur la tête.
S'il est difficile d'imaginer qu'un opérateur mobile actuel renonce à ses réseaux du jour au lendemain, peut-être que cette technologie fera des premières percées dans des pays moins avancés dans le domaine de la téléphonie mobile comme en Europe de l'Est par exemple. Notons encore que les USA ont également un projet proche de celui-ci, le "Paint-On" mais dont l'utilisation semble plutôt orientée défense et surveillance.
Ah j'oubliais! "Heureusement" la NZZ (Neue Zürcher Zeitung) est là pour annihiler tout sentiment d'euphorie pour un projet innovant, ambitieux et risqué. A leurs yeux il ne vaut en effet pas la peine d'investir ne serait-ce qu'une seule seconde dans ce projet puisqu'en l'état actuel de la technologie il ne peut pas fonctionner et que de nombreux autres projets semblables ont déjà échoués. Dans la moulinette de la NZZ passent d'ailleurs également Bertrand Piccard et son projet Solarimpulse ainsi que l'EPFL, le journal se demandant même avec sérieux s'il est vraiment judicieux que l'argent du contribuable soit investi dans le projet d'un aventurier. Voilà comment on veut motiver nos ingénieurs en Suisse, avec des prix Nobel et avec la commercialisation de technologies inventées ailleurs... Ah Dieu qu'il est dur d'être entrepreneur ambitieux et innovant en Suisse alémanique....
-
07 Novembre 2006 à 22:09 dans
- Téléphonie Mobile
