Alors que j'avais également relaté cette idée de créer dans les entreprises le poste de CNO
pour "Chief Networking Officer", cette idée fait apparemment son chemin
et de premiers outils ont été mis sur le marché ou vont l'être
prochainement par de grands noms de l'industrie ICT comme IBM avec sa
suite "Lotus Connections" dont le célèbre blog "Read Write Web" s'est également fait l'échos ou encore avec la tentative toute récente de Cisco qui est prêt à poser 3.2 Mia de $ sur la table pour racheter la société WebEx dont les services doivent venir compléter le portefeuille de solutions
collaboratives que Cisco commercialise déjà sous le label "Unified
Communications".
J'ai cependant l'impression que
ces solutions ne font pas encore complètement entrer la notion de
networking dans les entreprises. Elles se limitent pour l'heure Ã
offrir des espaces collaboratifs et des moyens de communication plus
performants mais ne font pas encore le lien entre ces
espaces de création de valeur et la gestion des réseaux personnels
comme je l'avais déjà suggéré ici et ici.
Avoir un réseau personnel n'étant pas un but en soit, il subsiste
encore un décalage entre le message d'IBM "Integrated Tagging, Blogging
and Professional Networking Tools Bring the Power of Web 2.0
from the Consumer Realm to the Entreprise" et les fonctionnalités
offertes par "Lotus Connections" qui s'articulent autour des modules
suivants:
- Activities (un tableau visant à gérer en commun des projets)
- Communities (un espace visant à rassembler des utilisateurs par centre d'intérêt)
- Dogear (un système de bookmarking collaboratif à base de tag)
- Profiles (un lieu pour publier ses compétences)
- Blog (une plateforme pour du blogging intra entreprise).
L'intégration de la gestion des
relations personnelles ne semble ainsi pas (encore) en faire partie
intégrante. Or elle très importante au sein de l'entreprise elle-même
comme le suggère l'illustration ci-dessous mais également concernant
les liens que chaque collaborateur a avec des personnes externes Ã
l'entreprise.

Alors que les plateformes de type LinkedIn ou Xing sont utilisées plutôt par les individus pour leurs propres besoins
professionnels ou personnels, les entreprises doivent aussi se poser la
question d'une meilleure valorisation des réseaux personnels de leurs
collaborateurs pour le profit de l'entreprise en les motivant Ã
partager à l'interne leurs contacts de manière beaucoup plus complète
et systématique pour par exemple gagner un contrat, résoudre des
problèmes, faire du lobbying, etc. Ces réseaux dont l'accès sera limité
à tout ou partie des collaborateurs devront être gérés par des
plateformes internes à l'entreprise pour garantir une certaine
"confidentialité".
L'adoption de ces plateformes sera très dépendante de la culture de l'entreprise.
Une structure très hiérarchique, avec des objectifs individuels
fortement pondérés, sera confrontée à un choc culturel important lors
de l'introduction de ces outils à tendance fortement collaborative. Par
contre si les objectifs sont communs, s'il est reconnu qu'une entraide
au sein de l'entreprise apporte un plus à la société et donc à chacun,
alors les chances d'adoption de ces outils seront beaucoup plus
grandes. Prenons l'exemple de la vente où cette notion de réseau est
certainement la plus forte. Ce qui détermine en grande partie la valeur
d'un vendeur outres ses compétences intrinsèques du marché et des
techniques de vente, c'est également la taille et la qualité de son
carnet d'adresses. Que celui-ci soit géré sur un PDA ou tout simplement
dans un fichier Excel, le vendeur a la tendance à vouloir protéger
farouchement ce trésor qu'il peut facilement monnayer auprès d'autres
employeurs si nécessaire. Or ce sont justement ces contacts qui
pourraient être très utiles à d'autres personnes dans l'entreprise dans
d'autres situations que la vente. Mais la crainte de la détérioration
de la relation si "n'importe qui" se met à appeler telle ou telle
personne au nom de l'entreprise constitue un frein à ce partage. Il ne
s'agit donc pas simplement d'ouvrir les carnets d'adresses de chacun
mais également de définir des règles pour leur utilisation.
Une première étude fait mention que les entreprises qui ont fait ce pas, ont une plus
forte croissance que les autres. Est-ce que la corrélation est vraiment
directe ou est-ce simplement le fait que les entreprises plus sensibles
à ces notions sont déjà dans des marchés en croissance ? Cette deuxième
hypothèse explique certainement cette évolution en partie. Ceci étant
il est évident que cette matière première que constitue les réseaux
sociaux de chaque collaborateur est actuellement sous exploitée par les
entreprises alors qu'en leur payant un salaire, elle paie ce bien
également intrinsèquement. Mais c'est sûrement une démarche qui mérite
débat. On engage une personne pour ce qu'elle sait mais aussi pour qui
elle connaît. Doit-on pour autant "obliger" cette personne à se
dévoiler à l'ensemble ou à une partie des collaborateurs de
l'entreprise pour laquelle elle travaille ? Que se passe-t-il une fois
que ce collaborateur quitte cette entreprise ? Autant de questions
qu'il convient de bien analyser avant de se lancer dans une telle
démarche.